Cinquième jour de la Treizième semaine,
Début de soirée
Le ciel était toujours aussi sombre. Les pupilles glaciales de la grande prêtresse scrutèrent le ciel, en vain. La Lune lui manquait. Elle était la gardienne de ses nuits, son étoile du berger, le sein au creux duquel elle aimait se blottir… Mais maintenant, elle devait faire sans. Sephira avait véritablement l’impression d’avoir perdu une part d’elle-même ne sachant plus si elle devait continuer à croire en des personnalités divines et puissantes. Mais, si elle-même ne croyait plus en la puissance divine, comment les gens de son peuple pourraient continuer à croire en elle ? En effet, si aucune force céleste n’existait alors son rôle de grande prêtresse n’aurait plus aucun sens.
Son esprit morose ralentissait ses gestes. Pourtant, elle devait se dépêcher de boucler ses quelques bagages en ce quatrième jour. En effet, si elle ne partait pas maintenant, elle n’arriverait jamais à temps pour cette mystérieuse réunion. Elle termina d’empaqueter rapidement son dernier sac et enfila sa cape noire qui faisait contraste avec sa longue chevelure blanche. On vint toquer à la porte de sa chambre. C’était un novice qui venait lui apporter une collation que Sephira glissa soigneusement dans un des sacs. Elle termina ensuite de donner ses instructions et quitta le temple, espérant y revenir le plus vite possible.
Une fois transformée en louve, elle prit dans sa gueule les deux petits sacs et galopa à travers les steppes givrées. Arrivée au portail, elle envoya un des gardiens chercher le messager Tuathan. Sephira était d’une nature peu patiente. Elle savait que son gardien se rendrait rapidement jusqu’à l’auberge mais le Tuathan serait-il aussi rapide que lui pour venir jusqu’ici ? La grande prêtresse n’estimait que très peu les autres races du Ryal Tühn. Au bout d’un certain temps, elle aperçut deux silhouettes au loin. Elle reprit alors sa forme humaine et, sans une parole amicale, tendit ses deux paquets au Tuathan pour qu’il les charge sur sa monture.
Moins nous parlerons plus nous arriverons rapidement à Sadvahl ! Je vous suis !Le voyage fut long et épuisant pour les cinq voyageurs. L’obscurité ralentissait les pas de chacun, s’attendant à tout moment de tomber dans une embuscade. Mais par la grâce de la déesse Laïne, que Sephira avait pris soin de supplier avant son départ, aucune attaque n’eut lieu. Au bout du cinquième jour, les cinq protagonistes parcouraient les plaines du royaume de Byahl. Autrefois fertile et abondante de verdure, les contrées n’étaient maintenant que désolation. La nature flétrissait et perdait sa vie n’étant plus gorgée de lumière astrale. Le cœur en peine, tous continuaient d’avancer.
L’absence d’astre ne permettait pas de savoir depuis combien de temps ils traversaient les plaines. On ne comptait plus les heures, ne sachant si on était passé au sixième jour. Sephira proposa d’accélérer la cadence mais elle s’aperçut que la monture du Tuathan était épuisée. Elle proposa alors de faire une halte après cette colline que l’on pouvait distinguer au loin. Les cinq voyageurs s’arrêtèrent alors une fois celle-ci franchit. Soudain, de sa vue perçante, la grande prêtresse pouvait apercevoir au loin deux grandes masses : l’une de roc et l’autre d’eau. Elle reprit rapidement sa forme humaine et s’adressa d’un ton interrogateur au messager.
N’est-ce pas le lac d’Uthard et le Mont d’Eador que j’aperçois au loin ?