Deuxième jour de la Treizième semaine
Début de journée
Le calme après la tempête. Pourtant, Melia ne s'attarda pas à profiter du silence qui régnait après le départ de Péril et d'Etewiel pour son cher temple. Elle troqua sa tenue pour une autre, sans remarquer qu'elle s'apprêtait avec plus de soin qu'elle n'en avait eu pour le messager ou Péril. Elle était fébrile mais n'en prenait pas moins le temps de bien faire.
Quand elle fut plus ou moins satisfaite de son reflet dans le miroir, la (jeune :p) reine tourna les talons, pour trouver un garde l'attendant derrière la porte de ses appartements privés. Elle retint un soupir, non sans saluer le soldat d'une inclinaison de la tête, après que celui-ci ce soit incliné face à elle. Elle avait presque oublié les désagréments qu'une sortie du palais amenés, avoir un elfe armé sur les talons à la première place de ses inconvénients. Mais elle l'oublia aussi vite qu'elle oubliait l'existence des parasites qui étaient son lot quotidien.
L'ombre silencieuse sur ses pas, Melia quitta l'enceinte de la demeure royale. Il était encore tôt mais l'on avait plus l'impression qu'il faisait nuit et cette impression était renforcée par les grands arbres au-dessus de la cité qui bloquaient tout rayon de lumière. Il avait fallu pallier à cette soudaine noirceur et des globes lumineux flottaient un peu partout dans le ciel elfique. Mais ça ne suffisait guère à réchauffer les cœurs et atténuer les craintes d'un peuple qui vivait parmi les arbres et se nourrissait de ce que la terre leur offrait. Sans soleil, qu'en serait-il des récoltes, de leur survie ? Trouver une solution était une nécessité absolue, plus que celle de préserver leur sacro-sainte supériorité, factice au demeurant, Melia n'en doutait pas un seul instant.
La souveraine souriait à tous ceux qu'elle croisait et qui la saluer en retour. Mais ses sourires étaient un peu... ailleurs. Ou était-ce elle qui était ailleurs ? Surement un peu des deux. Elle quitta l'artère principale pour prendre une passerelle latérale, rejoindre la demeure familiale. Celle-ci n'avait aucune commune mesure avec le palais, mais Melia s'y sentait bien mieux. La grandeur, la richesse, l'opulence, ce n'était pas vraiment pour elle. Elle s'en accommodait, elle le devait bien, mais la souveraine n'oubliait jamais de redescendre sur terre et la meilleure façon d'y parvenir, c'était de retourner chez elle, de retrouver sa famille.
La silhouette de la bâtisse se profila devant les yeux de Melia. Elle n'atteignit même pas la porte qu'elle s'ouvrit déjà pour laisser la place à un elfe d'un âge vénérable et la joie de Melia se fit plus réelle, elle reprenait ancrage avec la réalité.
- Sándel !
Sans répondre immédiatement, le vieil elfe prit la souveraine entre ses bras et lui rendant son étreinte, Melia pensa que décidément, on s'embarrassait peu de l'étiquette dans cette maison... et elle en était ravie !
- Votre majesté nous honore en nous rendant visite, dit-il finalement, tout en relâchant la pression sur les épaules de la reine.
- C'est vous qui m'honorez en acceptant ma royale et encombrante personne dans ce foyer. Miondir est-il là ?
- Vous ne serez jamais encombrante chez vous, Melia, répliqua-t-il galamment. Il doit se trouver dans la bibliothèque.
Réfrénant difficilement son impatience à cette nouvelle, la jeune femme abandonna son escorte aux bons soins de Sándel et gagna le lieu dit, relevant ses jupes pour qu'elles ne trainent à terre. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle aperçut son ainé qui lui tournait le dos. Toujours aussi silencieuse, elle s'en approcha et l'enserra de ses bras, posant sa joue contre son dos. Les battements affolés de son cœur se calmèrent peu à peu à mesure que les secondes s'égrenaient et si elle en avait eu le pouvoir, Melia aurait figé le temps pour une durée infinie.