Il n'était pas susceptible et Melia en avait la preuve éclatante devant elle. Il ne prit pas ses quelques naïves paroles d'une manière péjorative, au contraire, il en riait aux éclats, confortant la souveraine dans son idée que si il y avait eu un quelconque danger avec ce pirate ci en liberté en ville, ce serait simplement celui de choquer ses compatriotes si étriqués. Et bien entendu, cette idée rendait Ronon plus que sympathique aux yeux de la reine.
- Et pourquoi ne pas se laver à l'eau de mer ?
Peut-être à cause du sel. Avait-il un quelconque effet irritant ou simplement guère pratique ? Il semblait pourtant à Melia que de l'eau était de l'eau, salée ou non. Mais elle ne mettrait pas sa main à couper avec cette suggestion, elle ne s'y connaissait pas assez en voyage naval pour se laisser aller à parier.
Sans pourtant perdre de sa bonne humeur, les prunelles de l'elfe se ternirent un peu. Vivre sa vie comme on l'entendait ? Elle avait depuis bien longtemps abandonné aux obligations ses désirs. Elle ne regrettait pas ses choix, certainement pas, mais il lui arrivait parfois de s'imaginer ce qu'aurait pu être sa vie si elle n'avait pas, un jour, rencontré Péril, si elle ne l'avait pas épousé, si elle n'était pas devenue reine, puis mère. Aurait-elle pu combler ce vide qu'elle ressentait à écouter parler un homme qui vivait de la mer, de sa passion ? Il lui fallait s'accrocher si fort parfois à ses rêves de futur qu'elle voulait pour son peuple pour rester souriante et continuer à se battre contre des conservateurs imbus d'eux-même.
Chassant ses sombres pensées, ses yeux se ravivèrent sous l'attaque qu'elle percevait derrière les derniers mots du pirate. Les coins de ses lèvres se retroussèrent en un début de sourire, qu'elle tentait de réprimer pour ne pas montrer que cette pique voilée n'était pas de celle qui atteignait Melia, surtout quand l'individu la tutoyait depuis le début de leur rencontre. Si elle était du genre à s'offusquer ou à se rebeller contre un manque de respect, elle aurait dû depuis longtemps remettre Ronon à sa place.
- Voila qui est intéressant à savoir, messire Ronon. Je saurais m'en souvenir.
Une ligne de conduite qui allait faire grincer des dents, Melia en était d'avance impatiente.
En réalité, elle était comme n'importe qui dans ce domaine. Si elle se sentait insultée, elle répliquerait et rabrouerait l'impudent. Et cette attitude était somme toute normale, personne n'aimait être pris pour le dernier des idiots par le premier venu, inconnu ou non, avec ou sans raison. Mais quand l'on avait depuis le début caché son statut et que l'on ne s'était jamais plaint d'être tutoyé quand d'autres vous servez des courbettes et du 'vous' à longueur de temps, ce n'était pas en plein milieu d'une conversation que l'on pouvait changer de ligne de conduite. A moins de vouloir passer comme le dernier de ces idiots.
Melia pouvait se l'avouer sans difficulté : cela ne la dérangeait pas, surtout quand son vis à vis ne savait pas qui elle était. Que ce soit un pirate qui prenait une telle privauté (hj : sans aucune connotation 'physique' dans cette phrase :p) avec elle la changeait de sa famille qui était bien la seule à ne pas s'embarrasser du protocole. Dans le cas contraire, cela aurait paru étrange à la reine, élevée dans un clan soudé et attentionné, sans aucune barrière entre ses membres.
- Et que faites-vous quand vous êtes à terre ? Hormis visiter et finir dans un cachot, demanda-t-elle, la taquinant gentiment au passage.
La curiosité soudaine de Ronon était un juste retour des choses, alors que Melia s'en était donnée à cœur joie dans ces interrogations diverses et variées. Elle ne savait pas par quelle question commencer, sans trahir son identité. Ce voile de mystère lui plaisait assez et elle ne se sentait pas prête à briser le silence qui entourait sa position sociale, quand bien même l'avait-il convaincu que son attitude ne changerait en rien si elle le faisait. Une façon de faire durer le petit plaisir qu'elle s'octroyait à discuter avec un pirate, un être à éviter comme un feu de forêt pour quelqu'un qui n'était Melia.
Elle allait répondre à l'une des questions qui ne représentaient que peu de danger, quand un bruit attira l'ouïe fine de la souveraine. Des claquements de talons suivirent, puis des voix et finalement, les corps apparurent, d'abord à Melia puis enfin à Ronon. La surprise s'inscrivit sur les traits des quelques hommes quand ils l'aperçurent face au prisonnier et imperceptiblement, l'attitude générale de Melia changea.
Plus droite, toute trace de sympathie avait déserté les traits fins du visage de Melia. La reine avait pris le pas sur la femme avide de nouveautés face à un nouveau venu. Les gardes, de leur côté, se raidirent dans une posture martiale face à leur dirigeante.
- Ma... Majesté !
La salut chagrina Melia. Sans qu'elle n'en fasse rien paraître, elle ordonna à l'un d'eux de libérer enfin le pirate, chargeant un autre d'aller préparer une collation rapidement. Et tandis que l'elfe exécutait son ordre et ouvrait la porte qui retenait Ronon dans sa cage, non sans que l'incompréhension ne transparaisse dans la raideur qu'il mit à tourner la clé, Melia entreprit de répondre -enfin- à son dorénavant invité.
- Je m'intéresse à vous tout simplement parce qu'il est rare de voir un étranger à Sar-Layn, surtout un pirate, commença-t-elle. La liberté est, quant à elle, une notion bien subjective. Ce n'est pas parce que je n'ai jamais quitté ma forêt que je ne me sens pas libre. Je le suis même surement plus que bien d'autres femmes. Ne suis-je pas en compagnie d'un dangereux pirate en ce moment même ? demanda-t-elle ensuite, pensant sans nul doute aux réactions des soldats si une autre qu'elle s'était trouvée ici, à sa place.
Elle laissa en suspend le reste, pour ajouter à la suite, un peu plus chaleureuse :
- J'espère que vous accepterez de partager avec moi la collation commandée.
HJ : Pour me faire pardonner de mon retard, voila un pavé. En fait, j'ai été prise d'une inspiration subite, sorry -_-'