Troisième jour de la treizième semaine de l'an 503
A l'aube
Comme il était dur de survivre alors que tout était noir, que la solitude s'insinue sournoisement jour après jour, que le cœur devient triste et sombre comme ce ciel dépourvu d'astres. Eleora, apeurée par cette nuit éternelle, ne trouvait plus le repos. La femme-enfant avait les traits tirés par l'angoisse mais n'en était que plus ravissante dans son rôle de beauté fragile. Elle s'approcha des eaux tumultueuses d'un fleuve pour s'y baigner. La présence des animaux autour d'elle se faisait de plus en plus rare et la végétation de plus en plus pauvre. L'eau fraîche raviva la plaie de son cœur, elle, fille de la nature, s'adaptait mal à cet univers bouleversé. Nuit, nuit, nuit, voilà ce qu'était à présent sa vie. Elle leva son visage vers ce ciel qui n'avait plus rien de réconfortant et laissa échapper une larme qui roula sur sa joue. Fermant les yeux lentement, elle se balançait doucement d'avant en arrière toujours tournée vers le ciel, et de ses lèvres vermeilles légèrement entrouvertes coulait une mélopée si triste que les rares animaux des parages ne purent s'empêcher de sortir de leur tanière pour la réconforter. Son chant exprimait sa détresse et celle de tout l'univers, qui injustement bouleversé, dépérissait lentement ainsi que ses habitants. Depuis que les astres avaient disparus, il arrivait à Eleora de respirer avec peine, comme si l'obscurité l'oppressait et l'empêchait de vivre. Elle espérait qu'on viendrait la sauver car depuis la mort de sa mère adoptive, sa vie n'était que solitude et tristesse. Elle entendit des petits couinements qui l'interrompirent car ils semblaient tellement joyeux que cela en devenait perturbant. Elle ne savait que penser, puis elle s'approcha vivement reconnaissant les jappements enfantins des petits louveteaux. Ceux-ci étaient en train de jouer, se dominaient et se laissaient dominer. Eleora, malgré les larmes qui mouillaient son visage, ne put s'empêcher de sourire devant cette scène attendrissante. Elle s'approcha encore et finit par s'asseoir laissant une petite distance entre elle et les louveteaux. Les petits sentirent son odeur délicate et florale et s'empressèrent de la rejoindre en se bousculant pour sauter sur ses genoux. La mère à quelques pas de là ne réagit même pas, elle avait flairé la dryade depuis longtemps, mais qui pourrait s'inquiéter de ces êtres pacifiques et en totale harmonie avec la nature. Le louveteaux eux ne cessaient de glapir et léchèrent allègrement les gouttes salées qui s'échappaient des yeux de la femme-enfant sans qu'elle ne puissent les arrêter triste et heureuse à la fois, son rire cristallin et doux carillonnait dans les airs, allégeant l'atmosphère.
- Vous êtes adorables, merci. Je me sens mieux à présent bien que toujours seule... Grâce à vous, je sais qu'un jour tout s'arrangera. Les astres reviendront j'en suis sûre, la nature suit son cours et comme elle a enfanté ces louveteaux elle donnera à nouveau naissance à la lumière, je dois tout faire pour garder espoir. Il nous faut juste un sauveur...Ces deux dernières phrases, elle se les étaient murmurées pour elle-même, mais pas seulement. Elle espérait sincèrement que ces simples mots d'espoirs, tels une prière, attendriraient les dieux et la nature afin que ceux-ci puissent faire renaître la source vitale, les astres éternels.